Il y a, à une cinquantaine de minutes de Gordes, un autre massif que celui du Luberon : les Alpilles. Plus petites, plus sèches, hérissées de crêtes calcaires d’un blanc presque aveuglant, elles dessinent un paysage de cinéma entre Saint-Rémy-de-Provence et la vallée des Baux. C’est ici que Van Gogh a peint ses oliviers tourmentés, que les Romains ont bâti la cité de Glanum, et qu’un village s’est juché sur un éperon de roche au point de sembler en sortir. Depuis Le Clos de Manon, nous envoyons régulièrement nos voyageurs explorer cette terre voisine, qui complète à merveille les villages perchés du Luberon.

L’avantage des Alpilles, c’est leur concentration : Saint-Rémy-de-Provence et Les Baux-de-Provence ne sont distants que de dix kilomètres. En une seule journée, on enchaîne un marché provençal parmi les plus animés de la région, un asile où Van Gogh peignit son Champ de blé aux corbeaux, des vestiges gréco-romains saisissants, un village classé parmi les plus beaux de France et un spectacle immersif dans d’anciennes carrières. Voici comment nous conseillons à nos hôtes d’organiser cette escapade, sans courir et sans rien manquer.

Les Alpilles, sœurs sauvages du Luberon

Quand on quitte Gordes par le sud, on traverse d’abord la plaine du Calavon, puis la Durance, avant de voir surgir une ligne de crêtes dentelées : les Alpilles. Le massif culmine à seulement 498 mètres aux Opies, mais sa minéralité le rend spectaculaire. Ici, pas de forêts profondes comme sur le grand Luberon, mais de la garrigue, du thym, des pins parasols et des oliviers à perte de vue. La lumière y est encore plus crue, ce qui explique pourquoi tant de peintres s’y sont attardés.

Le territoire est protégé depuis 2007 au sein du Parc naturel régional des Alpilles, qui veille sur ses paysages agricoles, ses oliveraies et sa biodiversité — l’aigle de Bonelli et le hibou grand-duc y nichent encore. Pour le randonneur, c’est un terrain de jeu superbe, mais attention : en été, les massifs sont souvent fermés à la fréquentation entre 11 h et la fin d’après-midi pour cause de risque incendie. Renseignez-vous toujours la veille.

Pour nos voyageurs, les Alpilles ont une vertu particulière : elles offrent un décor radicalement différent de celui du Luberon, tout en restant à portée de matinée. C’est l’une des plus belles cartes à jouer parmi nos excursions depuis Gordes : 12 escapades en Provence, et sans doute la plus chargée d’histoire et d’art.

Saint-Rémy-de-Provence : centre historique et marché du mercredi

On commence la journée par Saint-Rémy-de-Provence, ville-jardin lovée au pied des Alpilles. Son centre ancien, ceinturé de boulevards plantés de platanes, se parcourt à pied en une heure. On y flâne entre hôtels particuliers Renaissance, fontaines moussues et boutiques d’antiquaires. C’est la ville natale de Nostradamus, né ici en 1503, et le berceau d’une certaine douceur de vivre provençale, élégante sans être guindée.

Si vous le pouvez, calez votre venue un mercredi matin : le marché de Saint-Rémy est l’un des plus réputés de Provence. Il déborde des ruelles et des places dès 8 h, et c’est un festival pour les sens :

Notre conseil : arrivez tôt, garez-vous sur l’un des parkings périphériques, et offrez-vous un café en terrasse place de la République avant de plonger dans la foule. C’est le bon moment pour acheter de quoi pique-niquer le midi, dans les Alpilles ou aux abords de Glanum.

Van Gogh à Saint-Paul-de-Mausole

À la sortie sud de la ville, sur la route de Glanum, se trouve le lieu le plus émouvant de Saint-Rémy : le monastère Saint-Paul-de-Mausole. C’est dans cet ancien couvent, devenu maison de santé, que Vincent van Gogh fut interné volontairement de mai 1889 à mai 1890, après l’épisode de l’oreille coupée à Arles. Là, dans une chambre modeste donnant sur un champ et un jardin clos, il connut une explosion créatrice inouïe.

En un an, le peintre y réalisa près de 150 tableaux, parmi lesquels La Nuit étoilée, les Iris, les oliviers et les cyprès enflammés qui ont fait sa légende. On visite aujourd’hui le cloître roman, le jardin de lavande et une reconstitution de sa chambre. Le long du chemin, des reproductions placées à l’endroit même des motifs permettent de comparer la réalité au geste du peintre — un dialogue saisissant entre le paysage et la toile.

Cette halte fait écho à l’autre grand chapitre vangoghien de la région, celui d’Arles, que nous racontons dans notre article Arles, Van Gogh et la Camargue. Les deux villes se complètent : Arles pour la fièvre créatrice et la couleur, Saint-Rémy pour l’apaisement et la nature. Comptez environ une heure pour la visite du monastère, idéale en fin de matinée, lorsque la lumière joue dans le cloître.

Le site archéologique de Glanum

À deux pas du monastère, on bascule de dix-neuf siècles en arrière. Glanum est l’un des sites antiques les plus remarquables de France. Avant même d’entrer dans l’enceinte payante, on découvre « Les Antiques », deux monuments romains en accès libre et superbement conservés : un mausolée du Ier siècle avant notre ère, haut de près de 19 mètres, et un arc municipal, le plus ancien de la Gaule narbonnaise. À eux seuls, ils valent l’arrêt.

Le site lui-même, fouillé depuis les années 1920, révèle une ville née d’un sanctuaire celto-ligure autour d’une source sacrée, puis profondément romanisée. On y déambule entre :

L’entrée coûte environ 9 € (gratuit pour les moins de 18 ans), et le site est géré par le Centre des monuments nationaux. Prévoyez une heure à une heure et demie, et de bonnes chaussures : le terrain est minéral et exposé. C’est le moment idéal pour un pique-nique à l’ombre, avant de basculer vers Les Baux.

Les Baux-de-Provence, un des plus beaux villages de France

Dix kilomètres plus au sud, la route grimpe vers l’un des sites les plus spectaculaires de Provence. Les Baux-de-Provence, classé parmi les plus beaux villages de France, s’accroche à un piton rocheux qui domine la vallée. De loin, on ne distingue plus la pierre taillée de la roche naturelle : le village et son château semblent jaillir de la falaise. Le nom même de « bauxite » — le minerai d’aluminium découvert ici en 1821 — vient de ce lieu.

On laisse la voiture sur les parkings en contrebas (la circulation est interdite dans le village) et l’on monte à pied par des ruelles pavées bordées de maisons Renaissance, d’ateliers d’artisans et de petites places ombragées. Tout en haut, le Château des Baux déploie ses ruines spectaculaires sur un plateau venté : donjon, machines de siège grandeur nature, et une vue à 360° sur les Alpilles, la Crau et, par temps clair, jusqu’à la Camargue.

Le village ne compte qu’une vingtaine d’habitants permanents mais accueille plus d’un million et demi de visiteurs par an : mieux vaut donc arriver avant 10 h ou après 16 h, surtout en été. Vous trouverez horaires, tarifs et billets coupe-file sur le site officiel de l’office de tourisme des Baux-de-Provence. Une fois la foule du milieu de journée passée, le village retrouve un calme presque irréel, baigné d’une lumière dorée.

Les Carrières des Lumières, spectacle immersif

Juste en contrebas du village, dans d’anciennes carrières de calcaire aux parois hautes de plus de vingt mètres, se cache l’une des expériences les plus saisissantes de Provence : les Carrières des Lumières. Dans ce vaste vaisseau minéral, des centaines de vidéoprojecteurs habillent les murs, le sol et le plafond d’œuvres d’art animées, accompagnées de musique. On déambule librement, enveloppé de couleurs, comme à l’intérieur même des tableaux.

Chaque année, une grande exposition immersive est consacrée à un ou plusieurs maîtres — Van Gogh, Klimt, Vermeer, Cézanne, Picasso ou Frida Kahlo selon la programmation. La fraîcheur naturelle des carrières (autour de 14 °C) en fait par ailleurs un refuge parfait aux heures les plus chaudes de l’été. Comptez environ 45 minutes pour une séance, davantage si vous laissez le spectacle tourner en boucle. Le billet adulte avoisine 15 € ; nous recommandons vivement de réserver vos billets sur le site officiel des Carrières des Lumières, car les créneaux partent vite en haute saison.

C’est, à nos yeux, la plus belle façon de clore une journée dans les Alpilles : après la pierre brute du village et l’histoire de Glanum, on s’offre une parenthèse d’art pur, hors du temps et de la chaleur.

Huile d’olive et vignobles des Baux (AOP)

La vallée des Baux n’est pas qu’un décor : c’est aussi un terroir d’exception. L’huile d’olive de la vallée des Baux-de-Provence bénéficie d’une AOP (Appellation d’origine protégée) qui protège des variétés locales comme la salonenque, la béruguette ou la grossane. Les moulins des environs — autour de Maussane, de Mouriès ou des Baux — proposent dégustations et visites, et l’on en repart rarement les mains vides.

Les vins des Baux-de-Provence, eux aussi en AOP, sont en grande partie cultivés en agriculture biologique, fait remarquable pour un vignoble entier. Rouges structurés et rosés délicats accompagnent à merveille la cuisine provençale. Plusieurs domaines ouvrent leurs caveaux à la dégustation sur la route entre Les Baux et Saint-Rémy : une halte gourmande idéale en fin d’après-midi.

Si l’univers de l’olivier vous passionne, nous lui consacrons un guide entier : l’huile d’olive de Provence, du moulin à la table. Vous y trouverez comment reconnaître une bonne huile, quand visiter les moulins et quels crus rapporter de votre séjour. Le tableau ci-dessous résume l’essentiel d’une journée dans les Alpilles.

Étape Durée conseillée Tarif indicatif Moment idéal
Marché de Saint-Rémy (mercredi) 1 h Gratuit 8 h – 9 h 30
Saint-Paul-de-Mausole (Van Gogh) 1 h ~ 7 € Fin de matinée
Site de Glanum 1 h – 1 h 30 ~ 9 € Midi
Village & Château des Baux 1 h 30 – 2 h ~ 11 € (château) 14 h – 16 h
Carrières des Lumières 45 min – 1 h ~ 15 € 16 h – 17 h

Itinéraire conseillé sur une journée depuis Gordes

Voici l’organisation que nous recommandons à nos hôtes pour une journée fluide et complète, au départ du Clos de Manon. Le trajet jusqu’à Saint-Rémy demande environ 50 minutes (autour de 45 km par la D900 puis l’A7 ou les départementales), et la distance entre Saint-Rémy et Les Baux n’excède pas un quart d’heure.

Hors mercredi, remplacez simplement le marché par une flânerie prolongée dans Saint-Rémy ou une dégustation matinale. En haute saison (juillet-août), inversez l’ordre et commencez par Les Baux à l’ouverture pour devancer la foule, en gardant les Carrières fraîches pour les heures chaudes. Pour mieux situer cette excursion parmi toutes les escapades possibles, consultez notre guide pilier, Excursions depuis Gordes : 12 escapades en Provence.

Où déjeuner dans les Alpilles

La gastronomie fait partie intégrante de l’expérience. Selon votre rythme et votre budget, plusieurs formules s’offrent à vous le midi :

Un conseil d’initiés : réservez vos restaurants à l’avance entre mai et septembre, surtout pour le déjeuner du week-end. Et gardez une petite faim pour les calissons, fruits confits et nougats que l’on trouve dans les confiseries de Saint-Rémy — parfaits pour prolonger la journée une fois rentré à la villa.

Faire des Alpilles une escapade depuis Le Clos de Manon

Ce qui rend cette journée si précieuse, c’est le contraste : on quitte le matin la douceur boisée du Luberon pour la pierre crue des Alpilles, et l’on revient le soir des images plein la tête — un cloître où peignait Van Gogh, un arc romain dans la lumière de midi, un village suspendu dans le vide, des fresques mouvantes dans le ventre d’une carrière. C’est exactement ce que nous aimons offrir à nos voyageurs : un camp de base central, calme et confortable, à dix minutes à pied de Gordes, d’où rayonner dans toute la Provence sans jamais reprendre la route bien longtemps.

Pour profiter à la fois des villages perchés du Luberon et des trésors des Alpilles, nous conseillons un séjour de cinq à sept nuits. Si cette journée vous fait rêver, vous pouvez dès maintenant consulter nos disponibilités au Clos de Manon et bâtir votre propre itinéraire entre art, pierre et lumière. Pour préparer vos randonnées dans le massif, le site du Parc naturel régional du Luberon reste par ailleurs une mine d’informations sur les sentiers et la nature de la région.