Il y a un geste que nous répétons chaque matin, presque sans y penser : verser un filet d’huile d’olive sur une tranche de pain grillé, et sentir aussitôt remonter le parfum de l’herbe coupée, de l’artichaut cru, parfois ce petit picotement en fond de gorge qui signe les belles huiles. En Provence, l’huile d’olive n’est pas un condiment, c’est une langue à part entière, parlée depuis l’Antiquité au pied de chaque village perché. Pour nos voyageurs, c’est aussi le souvenir gourmand idéal : un flacon glissé dans la valise prolonge le séjour pendant des mois. Encore faut-il savoir où l’acheter, comment la choisir et, surtout, comment la goûter. Voici ce que nous transmettons à ceux qui passent par le Clos de Manon.
Une histoire millénaire au pied du Luberon
L’olivier accompagne la Provence depuis l’Antiquité, planté par les Grecs puis cultivé sans relâche le long du Rhône et au flanc des collines calcaires. Le grand gel de février 1956, qui anéantit une part considérable des oliveraies, reste gravé dans la mémoire locale : il a redessiné le paysage et poussé les producteurs à replanter avec patience. Aujourd’hui, l’olivier dessine toujours nos restanques, ces terrasses de pierre sèche qui retiennent la terre sur les pentes. Autour de Gordes, on croise des arbres centenaires au tronc tordu, gris d’argent sous le mistral.
Cet héritage s’inscrit dans un terroir gourmand bien plus large, que nous racontons en détail dans notre guide gourmand du Luberon. L’huile en est sans doute le fil rouge le plus ancien, celui qui relie la cuisine d’aujourd’hui aux gestes des premiers paysans.
Comprendre les AOP : un gage de terroir
La France protège plusieurs huiles d’olive par une AOP (Appellation d’Origine Protégée), qui garantit l’origine géographique, les variétés autorisées et le savoir-faire. Deux concernent directement nos voyageurs en Provence :
- L’AOP Huile d’olive de la Vallée des Baux-de-Provence, au cœur des Alpilles, à environ une heure de Gordes : des huiles souvent intenses, à l’ardence marquée, parfois élaborées « à l’ancienne » (olives maturées avant trituration) pour un profil plus rond et confit.
- L’AOP Huile d’olive de Provence, plus large, qui couvre une grande partie de la région, dont le Vaucluse et donc les environs du Luberon.
Il existe aussi, plus à l’est, l’AOP Huile d’olive de Haute-Provence, tournée vers la variété aglandau. Ces appellations ne sont pas un simple label marketing : elles vous assurent une huile française, traçable, pressée à froid. À l’opposé des mélanges anonymes de supermarché, c’est ce que nous cherchons quand nous voulons offrir ou rapporter un vrai produit de terroir.
Les variétés d’olives qui font le goût de la Provence
Une huile, c’est d’abord une (ou plusieurs) variété d’olive, ce que les oléiculteurs appellent un cépage olive. Quelques noms reviennent sans cesse sur nos étals et chez nos mouliniers :
- L’aglandau (aussi dite verdale ou béruguette), reine du Vaucluse : ardente, herbacée, avec une belle amertume et ce piquant franc qui réveille une salade ou une soupe.
- La salonenque et la grossane, emblématiques des Baux, plus douces et fruitées, idéales pour qui débute.
- La tanche, célèbre olive noire de Nyons (un peu plus au nord), souple et ronde en bouche.
- La picholine et la bouteillan, que l’on retrouve dans bien des assemblages provençaux.
On distingue aussi trois grands profils selon la maturité et le procédé : le fruité vert (olives récoltées tôt, ardent et végétal), le fruité mûr (plus doux, sur le fruit confit) et le fruité noir ou « à l’ancienne », à la saveur de tapenade et de sous-bois, typiquement provençale.
Visiter un moulin à huile : le bon moment, les bons gestes
Rien ne remplace une visite au moulin, là où l’on broie, malaxe et presse les olives. La récolte et la trituration se font en automne et au début de l’hiver, grossièrement de mi-novembre à janvier selon les années et les variétés. C’est la haute saison : voir tourner les meules et déguster l’huile nouvelle, encore trouble et piquante, est une expérience qui marque. Cette effervescence fait d’ailleurs partie des plaisirs que nous mettons en avant dans le Luberon en automne.
Le reste de l’année, beaucoup de moulins gardent une boutique ouverte et proposent dégustation et explications. Autour de Gordes, plusieurs adresses sont accessibles en moins d’une demi-heure : le moulin coopératif de la région d’Apt, les moulins du côté de Cabrières-d’Avignon et de Coustellet, ou, pour une excursion d’une demi-journée, les domaines des Alpilles classés en AOP Vallée des Baux. Notre conseil : téléphonez avant de vous déplacer hors saison de récolte, car les horaires varient, et privilégiez la fin de matinée pour profiter de la lumière sur les oliveraies.
Marché ou moulin : où acheter ?
Les deux se complètent. Le moulin vous offre la traçabilité, le contact avec le producteur et souvent la dégustation comparée de plusieurs fruités. Le marché, lui, permet de goûter plusieurs huiles côte à côte et de remplir le panier d’autres trésors ; nous en parlons dans notre tour des plus beaux marchés provençaux du Luberon. Dans les deux cas, méfiez-vous des prix trop bas : une vraie huile AOP, pressée à froid, a un coût qui reflète le travail de toute une année.
Comment déguster (et choisir) une huile d’olive
Déguster une huile, cela s’apprend, et c’est plus ludique qu’on ne le croit. Voici la méthode que les mouliniers nous ont transmise :
- Réchauffez un peu d’huile dans le creux de la main ou dans un petit verre, paume posée dessus, pour libérer les arômes.
- Sentez : herbe coupée, artichaut, tomate, amande, pomme verte sont les signes d’une huile vivante et fraîche.
- Goûtez en aspirant un peu d’air (le fameux « strippaggio ») pour répartir l’huile en bouche.
- Repérez l’amertume et l’ardence, ce picotement en gorge : loin d’être un défaut, ils signalent les polyphénols, gages de qualité et de fraîcheur.
- Fuyez le rance : une odeur de vieux carton, de noix oxydée ou de gras fatigué trahit une huile passée.
Pour conserver votre flacon, gardez-le à l’abri de la lumière et de la chaleur, bien fermé, et consommez-le idéalement dans l’année : l’huile d’olive n’est pas un vin, elle ne se bonifie pas avec le temps. Et accordez vos fruités : un vert ardent sur une salade ou un poisson grillé, un mûr ou un noir sur une purée, une soupe ou une tartine du matin.
Un terroir liquide à savourer au Clos de Manon
L’huile d’olive est le fil qui relie toute la table provençale : elle parfume la tapenade, lie l’aïoli, nappe les légumes du marché et accompagne nos vins du pays. Pour boucler la boucle d’une journée gourmande, nous aimons suggérer à nos voyageurs d’associer leur flacon fraîchement acheté à une bonne bouteille, en parcourant notre guide des vins AOC Luberon et Ventoux, ou de prolonger le plaisir attablé grâce à nos adresses de restaurants étoilés et bonnes tables du Luberon.
À dix minutes à pied de Gordes, à un quart d’heure des moulins de la vallée et à une demi-heure d’Apt, notre villa avec piscine chauffée privée est un camp de base parfait pour rayonner d’oliveraie en moulin. Nos voyageurs rentrent souvent en fin de matinée, le flacon encore tiède dans le panier, pour le déboucher à midi sur la terrasse, à l’ombre, avant la baignade. Pour vivre cette parenthèse et rapporter chez vous le vrai goût du Sud, il vous suffit de vérifier nos disponibilités et de choisir vos dates.