Il y a des villages que l’on traverse, et d’autres dont on ne sort plus tout à fait le même. Lacoste appartient à la seconde catégorie. Accroché à un éperon de pierre face à Bonnieux, ce village minéral et silencieux porte une histoire singulière, à la fois sulfureuse et lumineuse : celle d’un château lié au marquis de Sade, ressuscité par le couturier Pierre Cardin, et celle d’un village d’artistes où l’on croise aujourd’hui des étudiants venus du monde entier. Depuis le Clos de Manon, à dix minutes à pied de Gordes, Lacoste se rejoint en une vingtaine de minutes de route, le temps de longer la vallée du Calavon et de voir le château grandir sur sa crête.

Monter à Lacoste : un village tout de pierre

Lacoste se mérite à pied. On laisse la voiture sur les parkings en contrebas et l’on grimpe par des calades pavées, ces ruelles en pente faites de pierres posées de chant, polies par les siècles. Ici, presque tout est minéral : les maisons, les murets, les escaliers et le sol semblent taillés dans une même matière dorée, extraite des collines alentour. Le village compte à peine quelques centaines d’habitants, et cette sobriété fait partie de son charme. Pas de boutiques en cascade ni de terrasses tapageuses, mais une atmosphère suspendue, presque hors du temps, où le bruit de ses propres pas devient le seul son qui compte.

Lacoste fait naturellement partie de notre sélection des villages à découvrir : pour le situer dans son contexte, parcourez notre guide des plus beaux villages perchés du Luberon, qui le replace parmi ses voisins les plus célèbres.

Le château du marquis de Sade

Au sommet du village se dressent les vestiges du château de Lacoste, ancienne forteresse médiévale remaniée au fil des siècles. C’est ici, dans cette demeure familiale, que le marquis Donatien Alphonse François de Sade séjourna à plusieurs reprises au XVIIIᵉ siècle. Le scandale et les démêlés judiciaires de l’écrivain marquèrent durablement les lieux, et le château fut en grande partie démantelé après la Révolution, ses pierres servant longtemps de carrière au village.

Resté à l’état de ruine pendant près de deux siècles, le château connut une seconde vie à partir de 2001, lorsque le couturier Pierre Cardin en fit l’acquisition et entreprit de le restaurer. Le créateur, tombé amoureux de Lacoste, racheta également de nombreuses maisons du village pour les transformer en ateliers, galeries et lieux de spectacle. On lui doit la renaissance du site, mais aussi un certain débat local sur l’équilibre entre patrimoine vivant et village-musée. Aujourd’hui, le château se visite à certaines périodes, et sa silhouette restaurée domine à nouveau la vallée.

Le festival de Lacoste, l’été en musique

Chaque été, le château et ses carrières voisines accueillent un festival lyrique et de spectacle vivant voulu par Pierre Cardin. Opéra, danse, concerts et théâtre s’y donnent à la belle étoile, dans le décor brut de la pierre. C’est l’un de ces moments rares où le Luberon se révèle autrement, à la nuit tombée, quand la fraîcheur monte de la vallée. Les dates et la programmation varient d’une année à l’autre : nous conseillons à nos voyageurs de vérifier l’affiche avant leur séjour s’ils souhaitent y assister.

Un village d’artistes et d’étudiants

Lacoste n’est pas qu’un décor historique. C’est aussi, depuis longtemps, une terre d’artistes. Le village abrite une antenne de la Savannah College of Art and Design (SCAD), école d’art américaine qui y accueille des étudiants en immersion une partie de l’année. Cette présence donne à Lacoste une vie discrète mais bien réelle : ateliers ouverts, galeries, expositions temporaires et une jeunesse internationale qui se mêle aux habitants.

La vue sur Bonnieux et les villages voisins

L’un des plaisirs de Lacoste tient à sa position : depuis le village, le regard plonge vers la vallée et remonte aussitôt vers Bonnieux, qui lui fait face de l’autre côté du vallon. Ce dialogue entre deux villages perchés est un classique de la région, magnifique à la lumière de fin d’après-midi. Pour prolonger la balade côté Bonnieux, entre église haute, cèdres et vignes, lisez notre guide sur Bonnieux, village perché entre cèdres et vignes.

Lacoste forme aussi un trio naturel avec deux autres pépites toutes proches. À quelques minutes, Oppède-le-Vieux, village fantôme renaissant, séduit les amateurs d’atmosphères abandonnées et de montées silencieuses jusqu’à sa collégiale. Et pour une halte plus confidentielle, encore épargnée par les foules, nous aimons pousser jusqu’à Goult et le moulin de Jérusalem, le secret du Luberon. Ensemble, ces villages composent une journée idéale, à condition de ne pas vouloir tout voir d’un coup.

Nos conseils pour visiter Lacoste

Lacoste se découvre lentement, et c’est précisément ce qui en fait le prix. Voici ce que nous recommandons à nos voyageurs pour en profiter pleinement.

Lacoste depuis le Clos de Manon

De chez nous, à dix minutes à pied de Gordes, Lacoste n’est qu’à une vingtaine de minutes de route, par une jolie liaison qui traverse le cœur du Luberon. C’est tout l’intérêt de notre position : on part le matin explorer le château et les ruelles d’artistes, on rentre déjeuner et nager dans la piscine chauffée, puis l’on repart pour un coucher de soleil face à Bonnieux. Pour vivre la région à ce rythme, sans jamais passer plus d’une demi-heure sur la route, le mieux est de prévoir un séjour de plusieurs nuits et de vérifier nos disponibilités selon vos dates. Lacoste, alors, devient bien plus qu’une visite : un fragment de ce Luberon minéral et inspiré que l’on emporte longtemps avec soi.