À quelques minutes du village perché de Gordes, dissimulé dans un repli de garrigue planté de chênes verts et d’oliviers, se cache l’un des sites les plus singuliers de Provence. On ne le voit pas depuis la route principale : il faut s’engager sur une petite voie étroite, dépasser un dernier virage, et soudain le décor change. Une vingtaine de cabanes en pierre sèche aux toits arrondis surgissent, blotties les unes contre les autres comme un troupeau pétrifié. C’est le Village des Bories, classé monument historique depuis 1977, un hameau entièrement bâti sans mortier par des générations de paysans provençaux.
Depuis Le Clos de Manon, nous y envoyons souvent nos voyageurs dès leur premier matin : c’est une visite courte, à deux pas de la villa, qui raconte mieux que n’importe quel musée la vie rude et ingénieuse de la campagne d’autrefois. On en ressort avec un regard neuf sur les murs de pierres qui quadrillent tout le Luberon. Voici tout ce qu’il faut savoir pour en profiter pleinement, de l’histoire de ces étranges cabanes aux conseils très concrets d’horaires, de tarifs et d’accès.
Le Village des Bories, un trésor à deux pas de Gordes
Le Village des Bories se trouve à environ 1,5 km à l’ouest de Gordes, en contrebas du célèbre village perché. Depuis Le Clos de Manon, comptez une dizaine de minutes en voiture seulement : on quitte Gordes par la D2 en direction de Cavaillon, puis on suit la petite route signalée qui descend vers le site. Un parking gratuit accueille les visiteurs à l’entrée, d’où un court chemin mène jusqu’à la billetterie et au hameau lui-même.
Ce qui frappe d’emblée, c’est le silence. Loin de l’affluence des ruelles de Gordes, le site offre une parenthèse hors du temps. Les cabanes, toutes en calcaire blanc patiné par les siècles, sont disposées autour de cours, d’allées et d’enclos, reliées par des murets de pierre sèche. L’ensemble forme un véritable village agricole miniature, avec ses habitations, ses bergeries, son four à pain, ses cuves à vin et même un enclos à cochons.
Le hameau s’appelait autrefois Les Savournins ou simplement Les Cabanes. Abandonné au début du XXe siècle, il est tombé en ruine avant d’être patiemment restauré à partir des années 1960 par Pierre Viala, qui en a fait un musée à ciel ouvert. C’est aujourd’hui l’un des plus beaux ensembles de pierre sèche d’Europe, et une étape incontournable pour qui veut comprendre l’âme du Luberon, bien au-delà des plus beaux villages perchés du Luberon.
Qu’est-ce qu’une borie ?
Le mot borie désigne une cabane en pierre sèche, c’est-à-dire montée sans aucun mortier, uniquement par l’empilement et l’ajustement minutieux de pierres calcaires plates appelées lauses. Le terme, popularisé au XIXe siècle, vient probablement du provençal et désignait à l’origine une métairie ou une ferme. Aujourd’hui, dans le langage courant, il qualifie ces abris ronds ou voûtés que l’on rencontre par centaines dans tout le Vaucluse.
Contrairement à une idée reçue tenace, les bories ne sont pas des habitations préhistoriques ni gauloises. Les spécialistes s’accordent à les dater majoritairement des XVIIIe et XIXe siècles, même si la technique de construction, elle, est immémoriale. Ce ne sont pas des maisons d’habitation permanente, mais des constructions utilitaires liées au travail de la terre.
Les usages d’une borie étaient multiples, selon sa taille et son emplacement :
- abri temporaire pour le paysan travaillant loin de son village ;
- remise à outils et rangement du matériel agricole ;
- bergerie ou étable pour abriter le troupeau et le bétail ;
- cellier pour conserver récoltes, vin et provisions au frais ;
- four à pain ou pigeonnier dans les ensembles les plus complets.
La forme la plus emblématique de Gordes est ce que l’on appelle la nef gordoise : une cabane rectangulaire à la voûte en forme de carène de navire renversée. C’est cette silhouette élégante que l’on retrouve dans le hameau, et qui fait du site un cas d’étude unique pour l’architecture vernaculaire.
La technique de la pierre sèche
Construire une borie relève d’un savoir-faire exigeant, aujourd’hui reconnu et valorisé. En 2018, l’art de la pierre sèche a d’ailleurs été inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO, preuve de l’importance de cette tradition partagée par de nombreux pays méditerranéens. Le principe est d’une simplicité trompeuse : pas de ciment, pas de chaux, rien d’autre que des pierres assemblées de telle façon que leur seul poids assure la stabilité de l’ensemble.
Le secret réside dans la voûte en encorbellement. Chaque assise de pierres déborde légèrement vers l’intérieur par rapport à la précédente, jusqu’à ce que les deux versants se rejoignent au sommet, fermés par une lause de couverture. Les pierres sont posées avec une très légère inclinaison vers l’extérieur, afin que l’eau de pluie ruisselle et ne s’infiltre jamais à l’intérieur. Une borie bien bâtie reste sèche et fraîche par tous les temps.
Cette architecture présente plusieurs vertus que l’on mesure encore aujourd’hui :
- une excellente inertie thermique : fraîcheur l’été, protection contre le gel l’hiver ;
- une durabilité remarquable, certaines cabanes ayant traversé deux siècles intactes ;
- une parfaite intégration paysagère, la pierre étant tirée du sol environnant ;
- un usage astucieux de l’épierrement des champs, les pierres ôtées des cultures servant à bâtir.
Car c’est bien là l’origine de tout : pour rendre la terre cultivable, les paysans devaient d’abord la débarrasser de ses pierres. Plutôt que de les jeter, ils les empilaient pour élever murets, terrasses et cabanes. La borie est donc née d’une économie de la nécessité, où rien ne se perdait. On retrouve d’ailleurs ce même génie du mur de pierre dans les restanques des villages voisins, comme à Joucas et Murs.
Histoire et usage de ce hameau
Le hameau des Bories de Gordes est un cas particulier : ce n’est pas une cabane isolée, mais un véritable ensemble villageois organisé. Son développement remonte à un édit royal de 1766 autorisant expressément le défrichement de nouvelles terres. Les familles obtiennent alors la permission de cultiver ces collines arides et y installent des constructions de pierre pour y travailler et y stocker leurs récoltes.
Pendant près de deux siècles, le hameau a vécu au rythme des saisons agricoles. On y élevait des vers à soie dans les magnaneries, on y cultivait la vigne, le blé et l’olivier, on y gardait moutons et chèvres. Les bâtiments les plus vastes pouvaient même servir de logement saisonnier lors des gros travaux. Puis, avec l’exode rural et la modernisation de l’agriculture, le lieu fut peu à peu délaissé, jusqu’à sombrer dans l’oubli et la ruine.
Sa renaissance tient à la passion d’un homme. À partir de 1968, le hameau est minutieusement restauré, pierre après pierre, dans le respect des techniques d’origine. Le classement au titre des monuments historiques en 1977 consacre cet effort et protège définitivement le site. Aujourd’hui, le visiteur déambule dans un décor authentique, où chaque cabane a retrouvé sa fonction d’origine, illustrée par des expositions d’outils, de céramiques et d’objets du quotidien des XVIIIe et XIXe siècles.
Que voir lors de la visite
Le parcours, fléché et accessible à tous, serpente entre les cabanes selon un sens de visite balisé. Comptez environ une heure à une heure trente pour en faire le tour tranquillement, panneaux explicatifs compris. Voici les points forts à ne pas manquer :
- la maison du paysan, avec son foyer, son four à pain et ses ustensiles d’époque ;
- les bergeries et étables, qui rappellent l’importance de l’élevage ovin ;
- les cuves à vin et le pressoir, témoins de la viticulture locale ;
- une petite exposition ethnographique sur la pierre sèche dans le monde, de l’Italie à l’Irlande ;
- les points de vue sur les Monts de Vaucluse et, par beau temps, le Luberon au loin.
Prenez le temps d’observer les détails de construction : la régularité des assises, la finesse des linteaux au-dessus des portes basses, l’habileté des angles. Glissez-vous à l’intérieur d’une cabane : la fraîcheur y est saisissante, même en plein été, et le silence presque total. C’est l’un des lieux que nos voyageurs photographes préfèrent, surtout en fin de journée lorsque la lumière rasante sculpte chaque pierre.
Le site se prête particulièrement bien à une visite en famille : les enfants adorent se faufiler dans les cabanes basses et imaginer la vie d’autrefois. Prévoyez simplement de bonnes chaussures, car le sol est caillouteux, et un chapeau l’été, l’ombre étant rare entre les murets. Pour caler cette visite dans un séjour complet, vous pouvez consulter nos disponibilités au Clos de Manon et bâtir votre programme à la carte.
Horaires, tarifs et conseils pratiques
Le Village des Bories est ouvert toute l’année, tous les jours, généralement de 9 h jusqu’au coucher du soleil. Les horaires varient donc selon la saison, et le site peut fermer exceptionnellement par temps de neige ou de gel, lorsque les pierres deviennent glissantes. Comme ces informations évoluent, nous vous conseillons de toujours vérifier auprès de l’office et des ressources du Parc naturel régional du Luberon ou de l’office de tourisme de Gordes avant de partir.
Voici un récapitulatif pratique pour préparer votre venue, avec des tarifs indicatifs constatés en 2026 :
| Information | Détail indicatif (2026) |
|---|---|
| Distance depuis Gordes | ≈ 1,5 km (5 min en voiture) |
| Distance depuis Le Clos de Manon | ≈ 10 min en voiture |
| Tarif adulte | ≈ 6 € |
| Tarif réduit | ≈ 4 € |
| Enfants (jeunes) | Gratuit |
| Durée de visite | 1 h à 1 h 30 |
| Parking | Gratuit, à l’entrée du site |
| Accès | À pied uniquement, sol caillouteux |
Pour la meilleure période, nous recommandons le printemps (avril-juin) et l’automne (septembre-octobre), lorsque la chaleur est douce et la fréquentation modérée. En plein été, privilégiez l’ouverture le matin ou la fin d’après-midi pour éviter la chaleur et profiter d’une lumière plus belle. Le tableau ci-dessous résume l’ambiance selon les saisons :
| Saison | Ambiance & conseil |
|---|---|
| Printemps | Garrigue fleurie, lumière douce — période idéale |
| Été | Chaud et lumineux — venir tôt ou en soirée |
| Automne | Couleurs chaudes, calme retrouvé — excellent compromis |
| Hiver | Site paisible, parfois fermé par gel ou neige |
Le site n’est malheureusement pas accessible aux poussettes ni adapté aux personnes à mobilité réduite, en raison du sol irrégulier et des passages étroits. Pensez aussi à emporter de l’eau, car il n’y a pas de buvette sur place.
Bories ailleurs dans le Luberon
Le hameau de Gordes est le plus spectaculaire, mais il est loin d’être le seul. Le Luberon et les Monts de Vaucluse comptent plusieurs milliers de bories disséminées dans la garrigue, les vignes et les bois. Une fois l’œil exercé au Village des Bories, vous les repérerez partout au fil de vos promenades : isolées au coin d’un champ, intégrées à un mur de terrasse, ou regroupées en petits hameaux oubliés.
Quelques pistes pour prolonger la découverte autour de la villa :
- les sentiers de randonnée autour de Gordes, jalonnés de cabanes isolées et de murs de pierre sèche ;
- le plateau des Claparèdes, du côté de Bonnieux et Saignon, parsemé de bories au milieu des champs de lavande ;
- les environs de Saint-Saturnin-lès-Apt et de Murs, où l’habitat de pierre sèche est particulièrement dense ;
- les enclos et aiguiers (citernes creusées dans la roche), autre facette du génie hydraulique paysan.
Pour qui aime marcher, ces cabanes deviennent les jalons d’une lecture du paysage : elles racontent l’histoire d’une terre conquise pierre à pierre. C’est un excellent complément à la découverte des villages perchés, et une façon plus intime de comprendre la région. N’hésitez pas à nous demander nos itinéraires favoris : nous connaissons quelques boucles confidentielles au départ de Gordes.
Combiner avec Gordes et Sénanque
Le grand atout du Village des Bories, c’est sa situation. En une seule matinée ou après-midi, on peut l’associer aux deux autres incontournables des environs immédiats, sans jamais reprendre longuement la route. Voici l’itinéraire que nous conseillons le plus souvent à nos hôtes :
- Le matin tôt, montez à Gordes pour admirer le village perché et flâner dans ses ruelles avant l’affluence. Notre guide que faire à Gordes vous donnera toutes les bonnes adresses ;
- En milieu de matinée, descendez au Village des Bories pour une visite d’une heure dans le calme de la pierre sèche ;
- En fin de matinée, poursuivez vers l’abbaye de Sénanque et ses célèbres champs de lavande, à dix minutes de là, sublimes de mi-juin à mi-juillet.
Ce triptyque — village perché, hameau de pierre sèche, abbaye cistercienne — résume à lui seul tout ce qui fait la magie du pays de Gordes : le minéral et le végétal, le spirituel et le paysan, le monumental et l’humble. Pour replacer ces étapes dans une découverte plus large de la région, consultez notre pilier Les plus beaux villages perchés du Luberon (2026). Et si vous souhaitez approfondir le sujet de cet article, la page Wikipédia consacrée au Village des Bories offre un complément documentaire fiable.
Le Village des Bories au départ du Clos de Manon
Si nous aimons tant recommander le Village des Bories à nos voyageurs, c’est qu’il incarne parfaitement l’esprit de notre coin de Provence : authentique, paisible, et tout proche. À une dizaine de minutes seulement de la villa, c’est l’escapade idéale pour un matin sans programme, avant de revenir profiter de la piscine chauffée aux heures chaudes de l’après-midi. On y va à son rythme, on en revient avec des images plein la tête et une compréhension nouvelle des murs de pierre qui dessinent tout le paysage alentour.
Le Clos de Manon, à dix minutes à pied de Gordes, est le point de départ parfait pour rayonner sans contrainte vers tous ces trésors du Luberon. Pour préparer votre séjour et vivre à votre tour cette plongée dans la pierre sèche provençale, vous pouvez dès maintenant consulter nos disponibilités au Clos de Manon. Nous serons ravis de partager avec vous nos adresses et itinéraires préférés autour de Gordes.